Pendant un mois, le directeur de cabinet du président Abdelmadjid Tebboune, figure incontournable des rouages du pouvoir, avait quitté précipitamment ses fonctions. Aucun détail n’avait été fourni.
Pour les observateurs, depuis cinq ans, Boualem Boualem occupe une position singulière au sommet de l’Etat. Conseiller, confident, intermédiaire entre la présidence, les centres de décision informels et les militaires, il a vu défiler des ministres, des chefs de gouvernement et plusieurs générations de hauts responsables militaires sans jamais perdre son influence.
En Algérie, depuis son indépendance en 1962, l’institution militaire exerce une autorité déterminante sur le pays.
Selon des sources civiles et sécuritaires, le directeur de cabinet n’était pas un simple administrateur. Il est devenu l’homme des dossiers et le gardien des secrets.
Il a accumulé une masse considérable de documents : notes manuscrites, comptes rendus de réunions restreintes, correspondances confidentielles, enregistrements de conversations, rapports sur des opérations sensibles qui n’avaient jamais franchi les murs du palais présidentiel El Mouradia du président Abdelmadjid Tebboune et de l’état-major de l’armée nationale populaire du général Saïd Chengriha.
Son départ soudain avait suscité une inquiétude silencieuse parmi les détenteurs du pouvoir, surtout à la veille des élections législatives du 2 juillet 2026, la liste des candidats gagnant étant déjà établie pour élire les 407 députés de la dixième législature de l’Assemblée populaire nationale (APN).
D’après une information fuitée de l’un de ses proches confidents, Boualem Boualem aurait profité de ses séjours médicaux hors du pays pour prendre une décision radicale.
Conscient de la fragilité des alliances au sommet de l’Etat et craignant qu’une disgrâce définitive ne se transforme en menace contre sa sécurité personnelle, il a constitué un dossier de protection.
Une partie des dossiers qu’il détenait aurait été confiée à un notaire installé dans une grande capitale européenne. Une autre aurait été remise à un avocat spécialisé en droit international, également à l’étranger, avec des instructions précises concernant leur conservation et leur éventuelle divulgation en cas d’atteinte à son intégrité physique ou de poursuites qu’il jugerait politiquement motivées.
Les documents ne visaient pas uniquement la présidence. Ils décrivaient également les mécanismes opaques ayant permis, au fil des années, à l’appareil militaire de préserver son influence déterminante sur les institutions civiles : processus de sélection des dirigeants, gestion des rivalités internes, des sociétés étatiques, arbitrages sécuritaires et stratégies de maintien de la stabilité du régime.
Pourtant, le simple soupçon de leur présence à l’étranger, alerté par certains officiers de la sécurité extérieure et intérieure, aurait suffi à modifier les équilibres au sommet de l’Etat.
Contre toute attente, le directeur de cabinet fut rappelé à ses fonctions après un mois d’absence et son retour prit l’allure d’un événement politique majeur.
L’homme savait que sa survie dépendait de la certitude qu’une partie de la vérité demeurait hors de portée de ceux qui auraient voulu la faire disparaître.
Le retour du directeur de cabinet rappelait une règle ancienne des régimes fondés sur le secret : ceux qui conservent les dossiers et les archives du pouvoir finissent parfois par détenir leur propre assurance-vie.
Et, dans l’ombre, les dossiers les plus dangereux ne sont pas toujours ceux que l’on ouvre, mais ceux dont chacun sait qu’ils existent sans jamais les avoir vus.
