Soudan du Sud : Un opposant sud-soudanais porté disparu au Kenya

L’enlèvement présumé d’Athorbey Al-Gaddhaffy-Dit, un militant sud-soudanais connu pour ses dénonciations de la corruption au sein des cercles dirigeants de son pays, suscite une vive inquiétude au Kenya et parmi les organisations de défense des droits humains.

Agé de 51 ans et détenteur de la double nationalité sud-soudanaise et kényane, Athorbey Al-Gaddhaffy-Dit réside à Nairobi depuis plusieurs années. Selon ses proches, il avait à plusieurs reprises alerté sur les menaces pesant sur sa sécurité en raison de ses prises de position contre les élites politiques du Soudan du Sud.

D’après le témoignage rapporté par son épouse, l’homme aurait été intercepté tôt mardi matin à sa sortie d’un casino de Nairobi. Des individus armés et cagoulés l’auraient contraint à monter dans un véhicule avant de prendre la fuite. Le récit du chauffeur de taxi qui devait le raccompagner aurait été confirmé par la police kényane.

L’ONG Amnesty International s’est dite « profondément préoccupée » par cette disparition. L’organisation redoute qu’il soit détenu à l’aéroport international Jomo Kenyatta avant une éventuelle expulsion vers le Soudan du Sud, où sa vie pourrait être en danger. Le militant kényan des droits humains Boniface Mwangi a également estimé que l’opposant risquait d’être éliminé pour avoir exposé des pratiques de corruption dans son pays d’origine.

Le Soudan du Sud, indépendant depuis 2011, demeure l’un des États les plus fragiles et les plus pauvres du monde malgré ses ressources pétrolières. Un rapport des Nations unies publié en septembre dénonçait le comportement « prédateur » de certaines élites, accusées d’avoir détourné des milliards de dollars alors que près des deux tiers de la population font face à une grave insécurité alimentaire.

Cette affaire relance par ailleurs les critiques visant le Kenya, longtemps perçu comme un refuge pour les opposants politiques de la région. Amnesty International souligne une multiplication des enlèvements et transferts forcés de dissidents étrangers sur le territoire kényan. Ces derniers mois, plusieurs cas impliquant des opposants ougandais, des réfugiés turcs et des militants tanzaniens ont alimenté les préoccupations concernant le respect des droits fondamentaux dans le pays.