Présenté comme une étape majeure du développement des régions frontalières, le Forum tuniso-algérien sur l’investissement et les échanges commerciaux organisé à Gafsa s’est achevé sur l’annonce de 35 accords de principe et de plusieurs projets industriels censés mobiliser près de 1,5 milliard de dinars. Derrière les chiffres et les déclarations officielles, certains observateurs y voient pourtant une illustration supplémentaire du rapprochement asymétrique entre deux régimes autoritaires dont les intérêts politiques convergent de plus en plus.
Selon les organisateurs, quelque 180 rencontres entre opérateurs économiques tunisiens et algériens ont débouché sur des engagements portant sur des projets miniers et industriels, notamment dans les secteurs du gypse, du ciment, de la céramique et des matériaux de construction. Les autorités promettent la création de près de 6 000 emplois dans des régions longtemps marginalisées.
Mais pour de nombreux critiques, ces annonces interviennent dans un contexte marqué par une crise économique profonde des deux côtés de la frontière, une détérioration du pouvoir d’achat et une fermeture progressive de l’espace politique et social. Les promesses d’investissements massifs sont ainsi perçues comme un instrument de communication destiné à démontrer l’efficacité des pouvoirs de plus en plus contestés.
Les détracteurs du président tunisien Kaïs Saïed estiment que ce rapprochement accéléré avec le régime militaire algérien dépasse désormais le simple cadre de la coopération économique. Ils dénoncent une dépendance croissante de Tunis à l’égard de son puissant voisin, le général Saïd Chengriha et du président Abdelmadjid Tebboune, tant sur le plan diplomatique que sécuritaire.
Certains vont jusqu’à affirmer que la Tunisie est progressivement devenue une « province algérienne », une formule volontairement provocatrice utilisée pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme un effacement de l’autonomie stratégique tunisienne au profit des intérêts du régime algérien.
