Centrafrique : L’alliance entre Bangui et AAKG tourne à l’affrontement

Dans le sud-est de la République centrafricaine, la milice Azandé Ani Kpi Gbé (AAKG), autrefois alliée des autorités et des paramilitaires russes de Wagner, est désormais engagée dans un bras de fer avec ses anciens partenaires. Cette rupture met en lumière les limites de la stratégie de Bangui, qui s’était appuyé sur des groupes d’autodéfense locaux pour rétablir son autorité dans les régions les plus isolées.

Créée en 2023 dans le Haut-Mbomou, à la frontière avec le Soudan du Sud et la République démocratique du Congo, l’AAKG avait été constituée avec le soutien des autorités centrafricaines. Ses combattants, majoritairement issus de la communauté zandé, avaient reçu une formation assurée par Wagner avant de participer, aux côtés des Forces armées centrafricaines (FACA), aux offensives contre l’Union pour la paix en Centrafrique (UPC), une faction de l’ex-Seleka.

Grâce à leur connaissance du terrain, les miliciens avaient contribué à la reprise de plusieurs localités, favorisant un retour relatif au calme dans une région longtemps meurtrie par les violences de groupes rebelles et de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA).

Mais cette coopération s’est progressivement dégradée. Selon plusieurs sources, les désaccords portent notamment sur le versement des soldes promises et l’intégration des combattants au sein de l’armée régulière. Estimant avoir été abandonnée après avoir contribué à la reconquête de la région, l’AAKG s’est retournée contre l’État.

Depuis fin 2024, les affrontements entre les FACA, appuyées par Wagner, et la milice se multiplient. Malgré plusieurs arrestations annoncées par les autorités, le groupe conserve une influence dans des zones où la présence de l’État reste limitée.

La crise a franchi un nouveau cap avec l’enlèvement, le 28 décembre 2025 à Bambouti, de quatre fonctionnaires, dont la sous-préfète Koumba Ndiaye, une action attribuée à l’AAKG. Bangui refuse toute négociation avec le groupe et privilégie une réponse militaire.

Fin juillet, des députés ont appelé à la libération des otages tout en alertant sur la situation des civils, pris au piège des combats, des déplacements forcés et des attaques d’autres groupes armés. Malgré l’appui de Wagner, le gouvernement peine toujours à imposer durablement son autorité dans cette région enclavée.