Sénégal : Crispation avec la France sur les demandes d’extradition de ressortissants sénégalais

Des déclarations de l’ambassadrice de France à Dakar au sujet d’un patron de presse sénégalais poursuivi dans son pays et réfugié en France ont suscité l’irritation des autorités sénégalaises, qui y voient une possible « forme d’ingérence ».

Dans un communiqué publié lundi, le gouvernement sénégalais a reproché à la France de refuser l’extradition de deux de ses ressortissants établis sur son territoire : le journaliste et patron de presse Madiambal Diagne, connu pour ses critiques à l’égard du pouvoir, ainsi qu’un homme d’affaires. Dakar affirme que ces deux personnes sont poursuivies pour « des faits graves de corruption et de détournement de deniers publics ».

La polémique fait suite à une interview accordée dimanche par l’ambassadrice de France au Sénégal, Christine Fages, à la radio publique RTS. Celle-ci avait estimé que Madiambal Diagne était poursuivi pour des faits « délictuels et non criminels », soulignant une différence avec les demandes d’extradition françaises, qui concernent principalement « des crimes de sang ou des trafics liés à la criminalité internationale ».

Des propos jugés inappropriés par le ministère sénégalais de la Justice. Selon lui, l’ambassadrice aurait « relativisé la gravité » des accusations, une attitude perçue comme « un jugement de valeur regrettable », susceptible de remettre en cause les principes de bonne gouvernance et de transparence. Dakar estime également que cette position pourrait être interprétée comme une ingérence dans une affaire considérée comme majeure par les autorités sénégalaises.

Le ministère a par ailleurs indiqué que la justice sénégalaise transmettrait de nouveau aux autorités françaises les éléments nécessaires aux demandes d’extradition, bien que ces informations aient déjà été officiellement communiquées.

Le différend intervient dans un contexte judiciaire tendu. Le 25 novembre, la justice française a reporté à février sa décision sur l’extradition de Madiambal Diagne, demandant un supplément d’information, notamment sur le cadre juridique et les procédures en vigueur au Sénégal. Quelques jours plus tôt, le 11 novembre, Dakar avait annoncé la suspension de toutes les extraditions vers la France, l’accusant de bloquer ses requêtes.

De son côté, Christine Fages a rappelé que les dossiers sont actuellement examinés par une justice française indépendante et qu’aucune décision d’extradition ne peut être exécutée sans l’aval des tribunaux compétents. Elle a précisé que la cour d’appel de Versailles se prononcera sur le sort des deux ressortissants sénégalais concernés.