L’ONG Médecins sans frontières (MSF) tire la sonnette d’alarme. Elle a exprimé jeudi sa vive inquiétude face à la dégradation de la situation humanitaire à la frontière entre le Tchad et le Soudan, où civils et travailleurs humanitaires se retrouvent exposés à une insécurité croissante.
Depuis avril 2023, le Soudan est plongé dans une guerre opposant l’armée régulière aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR). Ce conflit a causé des dizaines de milliers de morts et provoqué le déplacement de plus de 12 millions de personnes, dont près d’un million ont trouvé refuge au Tchad, selon les Nations unies.
Ces dernières semaines, la situation s’est aggravée avec des incursions répétées en territoire tchadien. En réponse, les autorités de N’Djamena ont décidé, le 23 février, de fermer la frontière. Malgré cela, des attaques, notamment par drones en mars, ont encore visé le pays.
Dans ce contexte, MSF souligne que la population civile paie un lourd tribut. L’organisation évoque des réfugiés, majoritairement originaires du Darfour, qui ont déjà fui des violences extrêmes, bombardements, exécutions massives et attaques ciblées contre certaines communautés, et qui se retrouvent désormais pris dans de nouveaux affrontements.
L’insécurité persistante entrave fortement les opérations humanitaires. MSF explique devoir adapter en permanence ses activités, voire les suspendre temporairement pour protéger ses équipes. L’organisation affirme ne plus être en mesure d’assurer un minimum d’assistance médicale dans certaines zones, faute de conditions sûres.
La situation est particulièrement critique autour de la localité frontalière de Tiné. Après la prise de la ville soudanaise voisine de Tina par les paramilitaires, les combats se sont rapprochés dangereusement. MSF a ainsi été contrainte d’évacuer l’hôpital de Mabrouka et de transférer ses services vers un autre centre de santé.
Le bilan humain est lourd : 38 décès ont été enregistrés dans les structures soutenues par l’ONG, dont 19 en une seule journée à la mi-mars, à la suite d’attaques violentes.
Malgré ces difficultés, les équipes médicales ont pris en charge plus de 450 patients en deux mois en appui aux autorités tchadiennes. Parallèlement à la crise sécuritaire, la région fait également face à une épidémie de rougeole, poussant MSF à vacciner près de 700 enfants fin mars.
Face à cette accumulation de crises, l’ONG appelle à une mobilisation urgente pour protéger les civils et garantir l’accès à l’aide humanitaire.
