Quatre jeunes hommes âgés de 19 à 22 ans ont été mis en examen et écroués samedi à Paris dans le cadre de l’enquête sur une tentative d’assassinat visant l’opposant algérien Hichem Aboud en février 2025 dans le nord de la France, selon des sources proches du dossier citées dimanche par l’AFP.
Ancien officier de l’armée algérienne devenu journaliste et critique du pouvoir, Hichem Aboud vit en France depuis les années 1990. Il estime que cette opération avait pour objectif de « le réduire au silence ».
Selon une source judiciaire, trois suspects sont poursuivis pour tentative de meurtre en bande organisée en lien avec une entreprise terroriste. Le quatrième est mis en examen pour complicité de tentative de meurtre et participation à une association de malfaiteurs terroriste criminelle.
Une information judiciaire a été ouverte en mars 2026 par le Parquet national antiterroriste (PNAT), confiant les investigations à un juge d’instruction.
Réagissant à cette affaire, l’avocat de l’opposant, Me Dalil Essakali, a affirmé que son client n’était « pas surpris » par cette nouvelle tentative visant sa personne. Il a évoqué plusieurs incidents antérieurs, notamment des projets présumés d’assassinat à Liège et à Paris ainsi qu’un enlèvement survenu à Barcelone en octobre 2024.
Pour Hichem Aboud, l’opération déjouée en février 2025 s’inscrit dans la continuité de ces menaces. « Il fallait m’éliminer pour me faire taire », a-t-il déclaré à l’AFP.
Son avocat estime par ailleurs que l’ouverture d’une enquête antiterroriste marque enfin une prise en compte sérieuse de ses plaintes par la justice française, qui, selon lui, étaient restées sans suite jusqu’à présent.
Auteur du livre « La mafia des généraux », publié en 2002 et interdit en Algérie, Hichem Aboud fait l’objet depuis 2021 d’un mandat d’arrêt international émis par la justice algérienne, notamment pour des accusations liées à une supposée appartenance à un groupe terroriste.
D’après une source proche de l’enquête, les autorités françaises auraient découvert un projet visant l’opposant lors d’investigations portant sur le braquage d’un musée près de Lyon en novembre 2024. Les enquêteurs auraient alors remonté la trace d’un groupe actif sur la messagerie cryptée Signal jusqu’à une équipe de présumés exécutants.
Toujours selon cette source, le tireur présumé devait recevoir 10 000 euros pour mener l’opération. En février 2025, les suspects se seraient rendus à Roubaix avec « une adresse et l’ordre de tuer ». Le plan aurait finalement échoué en raison de l’absence de la cible sur place.
L’avocate du principal suspect, Me Marie Buisson, n’a pas souhaité faire de commentaire à ce stade.
Les débats relatifs au placement en détention provisoire se sont déroulés samedi à huis clos devant le tribunal de Paris. Le parquet a souligné la nécessité de poursuivre de nombreuses investigations et a évoqué « plusieurs mensonges et entraves » dans le cadre de l’enquête.
Cette affaire intervient dans un contexte diplomatique sensible entre Paris et Alger, quelques jours après la visite du ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, en Algérie afin de relancer la coopération judiciaire entre les deux pays après près de deux années de tensions.
Plusieurs dossiers délicats continuent en effet d’alimenter les relations franco-algériennes, notamment celui du journaliste sportif français Christophe Gleizes, condamné en Algérie à sept ans de prison pour apologie du terrorisme dans le cadre d’un reportage.
