Mali : L’alliance entre jihadistes et séparatistes rebat les cartes d’un conflit de plus en plus complexe

Le Mali, pays sahélien et membre fondateur de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) aux côtés du Burkina Faso et du Niger, est confronté à une nouvelle escalade de la violence. Pour la première fois depuis plusieurs années, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, et le Front de libération de l’Azawad (FLA), mouvement séparatiste touareg, coordonnent leurs opérations contre les Forces armées maliennes (FAMa). Cette coopération marque un tournant majeur dans un conflit qui dure depuis plus d’une décennie et fragilise davantage un pays au cœur de l’une des régions les plus touchées par le terrorisme.

Les effets de cette alliance se font déjà sentir sur le terrain. En avril, des attaques coordonnées ont été menées simultanément dans plusieurs régions du pays, une première depuis dix ans. Début août, une embuscade contre un convoi militaire a fait de nombreuses victimes parmi les soldats maliens, certains ayant été tués, d’autres capturés.

Selon les données de l’Armed Conflict Location and Event Data (ACLED), les violences imputées aux groupes armés ont causé 3.435 morts entre janvier et juillet 2025, soit une hausse de 35 % par rapport à la même période de l’année précédente. Pour Heni Nsaibia, analyste principal de l’ACLED, le rapprochement entre le JNIM et le FLA répond avant tout à un objectif militaire : affaiblir les FAMa et leur principal allié, l’Africa Corps, le contingent paramilitaire russe déployé au Mali.

Le porte-parole du FLA, Mohamed Elmaouloud Ramadane, décrit cette coopération comme une « coordination tactique » limitée aux opérations militaires. Il affirme toutefois que les deux mouvements se sont entendus sur un principe politique : en cas d’indépendance de l’Azawad, les populations locales décideront elles-mêmes de l’application de la charia.

Une insécurité en constante aggravation

La crise actuelle trouve son origine dans la rébellion touarègue de 2012, qui a favorisé l’expansion des groupes jihadistes dans le nord du Mali avant de gagner l’ensemble du Sahel. Le coup d’Etat militaire de 2020, justifié par la dégradation de la sécurité, n’a pas permis d’inverser cette dynamique. Au contraire, plusieurs observateurs estiment que les groupes armés ont renforcé leur implantation depuis l’arrivée de la junte au pouvoir.

Le JNIM est aujourd’hui considéré comme l’organisation jihadiste la plus influente du Sahel. Né en 2017 de la fusion de quatre groupes affiliés à Al-Qaïda, il est dirigé par Iyad Ag Ghaly et contrôle ou influence de vastes portions du territoire malien. Présent également au Burkina Faso et au Niger, il poursuit son expansion vers les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest.

Au-delà des combats, le mouvement cherche à s’imposer comme une autorité parallèle dans plusieurs zones rurales où la présence de l’Etat est faible. « Le JNIM est devenu un interlocuteur incontournable pour certaines communautés et exerce de fait des fonctions de gouvernance dans plusieurs localités », observe Beatrice Bianchi, spécialiste du Centre des stratégies de sécurité Sahel-Sahara.

Le retour de la revendication indépendantiste

Le Front de libération de l’Azawad est le dernier avatar des mouvements touaregs réclamant l’indépendance du nord du Mali. Cette revendication remonte aux premières années suivant l’indépendance du pays en 1960 et s’est ravivée après la rupture, en 2024, de l’accord de paix d’Alger signé neuf ans plus tôt entre Bamako et les groupes rebelles.

Face au JNIM, la Province du Sahel de l’Etat islamique (ISSP) demeure un autre acteur majeur, bien que son influence soit plus limitée au Mali. Implantée principalement dans la région de Ménaka, cette branche de l’organisation Etat islamique privilégie une stratégie de terreur et s’oppose régulièrement au JNIM dans une lutte pour le contrôle des territoires, reflet de la rivalité mondiale entre Al-Qaïda et l’État islamique.

Une guerre aux multiples acteurs

Depuis le retrait des forces françaises en 2022, les autorités maliennes ont renforcé leur coopération militaire avec la Russie. Après la dissolution du groupe Wagner, c’est l’Africa Corps, placé sous l’autorité du ministère russe de la Défense, qui accompagne les Forces armées maliennes (FAMa) dans leurs opérations. 

Dans le même temps, l’Algérie est accusée par plusieurs responsables maliens et par des sources sécuritaires occidentales d’apporter un soutien financier et militaire au Front de libération de l’Azawad (FLA) et au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM).

Le gouvernement malien bénéficie également de l’appui de plusieurs milices communautaires, dont les chasseurs traditionnels Dozo, le Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés (GATIA) ou encore le Mouvement pour le salut de l’Azawad (MSA). Toutefois, ces alliances restent mouvantes, illustrant la complexité d’un conflit où se mêlent rivalités ethniques, revendications politiques, enjeux sécuritaires et influences étrangères.