Plus de douze ans après le crash du vol AH5017 d’Air Algérie, qui avait fait 116 morts le 24 juillet 2014 au-dessus du Sahel, la compagnie espagnole Swiftair, propriétaire de l’appareil, a été condamnée lundi à 225.000 euros d’amende par le tribunal correctionnel de Paris pour homicides involontaires.
Le tribunal a retenu des « négligences » dans la formation et l’entraînement de l’équipage, estimant qu’elles avaient « contribué de façon certaine à l’accident ». Le parquet avait requis en mars la même peine, correspondant à l’amende maximale encourue par une entreprise.
La décision a suscité un mélange de soulagement et d’émotion parmi les familles des victimes. « Ça fait 4.449 jours » depuis la catastrophe, a rappelé Sandrine Tricot, qui a perdu son mari dans l’accident, alors que de nombreux proches s’étaient rassemblés au tribunal avec des tee-shirts portant la mention « 116 victimes ».
Pour Me Sébastien Busy, avocat de la majorité des familles, cette condamnation établit enfin une responsabilité pénale dans ce drame. Claude Floury, dont la fille Katell figurait parmi les passagers, a également estimé qu’une meilleure formation des pilotes aurait pu éviter la catastrophe.
Swiftair a, de son côté, regretté le jugement, affirmant que ses procédures de sécurité et ses programmes de formation respectaient les normes en vigueur. La compagnie espagnole n’a pas précisé si elle comptait faire appel. En Espagne, une procédure judiciaire avait abouti à un non-lieu en 2016.
Le vol AH5017 transportait 110 passagers, dont 54 Français, ainsi que 23 Burkinabè et plusieurs ressortissants libanais et algériens. Les six membres d’équipage étaient espagnols.
Selon les éléments présentés lors du procès, l’avion avait traversé, dans la nuit du 24 juillet 2014, une zone orageuse. La non-activation du système d’antigivrage aurait favorisé l’accumulation de cristaux de glace sur des capteurs de pression, entraînant une réduction automatique de la puissance des moteurs. L’équipage n’aurait pas réagi de manière appropriée avant le décrochage de l’appareil.
L’accusation avait notamment relevé que le commandant de bord n’avait pas suivi une séance obligatoire de remise à niveau consacrée à l’antigivrage et que les deux pilotes revenaient d’une longue période d’inactivité.
La défense avait contesté ces conclusions, soulignant l’absence de certitude sur les échanges entre les membres d’équipage et rappelant le non-lieu prononcé par la justice espagnole.
Les familles doivent se réunir lundi après-midi devant la plaque commémorative dédiée aux victimes, installée dans le parc de Bercy, à Paris.
