La vaste opération antidrogue annoncée par les autorités algériennes, avec la saisie de 10,4 millions de capsules de prégabaline, de 33,4 kilogrammes de cocaïne et l’arrestation de 25 personnes, intervient dans un contexte particulièrement sensible. Au-delà des saisies revendiquées, la manière dont l’affaire est communiquée soulève des interrogations sur ses éventuels enjeux politiques, notamment autour du général Saïd Chengriha.
Le chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP) fait régulièrement l’objet d’accusations et de soupçons relayés dans certains milieux au sujet de l’influence des réseaux liés au trafic de stupéfiants en Algérie. La communication officielle autour de cette nouvelle opération peut être interprétée comme une volonté de mettre en avant l’action des services de sécurité et, indirectement, de dégager la responsabilité de la hiérarchie militaire de toute implication éventuelle.
Selon les informations communiquées par les autorités algériennes, 25 suspects auraient été arrêtés, parmi lesquels une ressortissante mauritanienne. Vingt-cinq autres personnes, de nationalités algérienne, marocaine et néerlandaise, seraient toujours recherchées. Cette répartition parfaitement symétrique, aboutissant à un total de 50 personnes présentées comme impliquées ou recherchées, interpelle par sa précision, alors qu’aucun élément détaillé permettant de comprendre la structure exacte du réseau n’a été rendu public.
Les autorités algériennes affirment également que des ressortissants marocains auraient dirigé une partie du trafic depuis le Maroc, avec des relais présumés à Dubaï et en France. A ce stade, ces accusations reposent essentiellement sur la communication des services algériens. Aucun élément indépendant et vérifiable n’a été rendu public pour établir la responsabilité des personnes ou des pays cités.
L’opération, menée dans plusieurs wilayas, notamment à Oran, Tizi Ouzou, Alger, Blida et Tipaza, aurait permis la saisie de plusieurs millions de capsules de prégabaline, de cocaïne ainsi que d’une vingtaine de véhicules. Des chiffres spectaculaires qui donnent à l’opération une dimension exceptionnelle dans la communication officielle.
Mais derrière les saisies, c’est surtout le récit construit autour de l’affaire qui mérite attention. En insistant sur l’existence d’un vaste réseau international et sur l’implication supposée de ressortissants marocains, avec des ramifications en France et aux Emirats arabes unis, les autorités algériennes déplacent le centre du débat vers une menace extérieure.
Cette présentation pourrait également servir un autre objectif : renforcer l’image d’une institution militaire engagée dans la lutte contre le trafic de drogue et, par la même occasion, contribuer à écarter les soupçons susceptibles de viser sa direction et surtout le général Saïd Chengriha.
Dans ce contexte, la mise en avant du rôle des services de sécurité et l’identification de réseaux étrangers peuvent être perçues comme une manière de montrer que l’appareil sécuritaire algérien est lui-même à l’origine du démantèlement des filières criminelles.
Ainsi, cette affaire antidrogue ne se limite pas aux importantes quantités de stupéfiants annoncées. Elle s’inscrit aussi dans une bataille de récits où la communication sécuritaire peut avoir une portée politique. Pour le général Saïd Chengriha, la mise en scène d’un trafic présenté comme international et piloté depuis l’étranger pourrait, au-delà de la lutte contre les stupéfiants, contribuer à construire un argumentaire destiné à le mettre à distance des accusations qui ont pu circuler à son encontre.
En mettant en avant des ramifications présumées au Maroc, en France et aux Emirats Arabes Unis, les services militaires algériens cherchent à présenter le pays comme la cible d’un vaste réseau criminel extérieur.
Une telle mise en scène permettrait de désigner des adversaires étrangers comme responsables de problèmes internes, tout en renforçant auprès de l’opinion publique le discours sécuritaire des autorités militaires.
