Jeudi, à Bissau, les forces de l’ordre ont dispersé à coups de gaz lacrymogènes une foule de plusieurs centaines de personnes venues réclamer justice après la mort d’un acteur de la société civile. Ce décès, survenu mardi, a suscité une vive indignation, notamment de la part de l’ONU, qui s’est dite profondément choquée.
Vigario Luis Balanta, coordinateur du mouvement « Po di Terra » et figure critique du pouvoir militaire, a été retrouvé sans vie dans une rizière située à une trentaine de kilomètres de la capitale. Selon des témoignages, son corps portait de nombreuses blessures, dont des traces d’armes blanches et des impacts de balles à la tête. La Ligue bissau-guinéenne des droits de l’Homme a dénoncé un assassinat.
Après ses funérailles, une mobilisation spontanée s’est formée dans la capitale. De nombreux jeunes ont rejoint le cortège, certains portant des tee-shirts à son effigie. Les manifestants ont dénoncé la dérive du régime et appelé à la défense du pays face à l’influence militaire.
La situation a rapidement dégénéré : des pneus et du mobilier ont été incendiés pour bloquer les routes. La police est intervenue avec des matraques et des gaz lacrymogènes dans plusieurs quartiers, notamment au sud et au sud-ouest de Bissau. Au moins une dizaine de personnes ont été interpellées.
Depuis le coup d’Etat du 26 novembre 2025, les militaires dirigent le pays après avoir renversé le président Umaro Sissoco Embalo et suspendu le processus électoral. Le général Horta N’Tam, proche de l’ancien chef de l’Etat, a été désigné président de transition. Plusieurs opposants ont été arrêtés depuis, même si certains ont été libérés récemment. Par ailleurs, une dizaine de radios privées ont été suspendues cette semaine pour des raisons administratives.
L’ONU a appelé à l’ouverture d’une enquête indépendante et urgente sur la mort du militant, dénonçant un climat de répression croissante. Elle évoque une réduction continue des libertés civiques depuis le putsch, marquée par des arrestations arbitraires, des intimidations et la restriction des médias.
Les autorités militaires sont également invitées à rétablir rapidement l’ordre constitutionnel. Des élections ont été annoncées pour le 6 décembre, censées permettre un retour au pouvoir civil dans ce pays marqué par une longue instabilité politique.
