Trois mois après l’ouverture du procès de cinq hommes accusés d’avoir perpétré l’attaque meurtrière d’une église en 2022, de nombreuses zones d’ombre subsistent quant à leur appartenance à un groupe jihadiste, compliquant le déroulement des audiences.
Le 5 juin 2022, des assaillants avaient fait irruption dans une église catholique d’Owo, dans le sud-ouest du Nigeria, ouvrant le feu en pleine messe dominicale. L’attaque, qui avait fait plus de 40 morts, avait profondément choqué un pays peu habitué à ce type de violences religieuses dans cette région.
Au cœur du procès, une question majeure divise : à quelle organisation les accusés sont-ils réellement liés ? Les actes d’accusation évoquent un groupe nommé « Al-Shabaab » actif dans l’État de Kogi. Toutefois, cette appellation prête à confusion, car elle peut désigner soit le mouvement jihadiste somalien affilié à Al-Qaïda, soit un terme générique signifiant « la jeunesse » en arabe.
Pendant longtemps, il a été difficile d’éclaircir ce point. Arrêtés en août 2022, les suspects ont été détenus durant près de trois ans dans un lieu secret, sans accès à un avocat, selon leur défense. Avant le début du procès, plusieurs médias locaux les présentaient comme liés au groupe somalien.
Mais depuis l’ouverture des audiences en décembre, une autre hypothèse a émergé. Les accusés seraient affiliés à une cellule locale appelée « Al-Shabab », sans lien avec la Somalie. Cette structure serait en réalité proche de l’Iswap, branche ouest-africaine du groupe État islamique, active dans le nord-est du Nigeria.
Cette version a été appuyée par un agent de sécurité lors d’une audience en février. Elle rejoint d’ailleurs les premières suspicions émises par des responsables nigérians peu après l’attaque, qui pointaient déjà du doigt l’Iswap.
Ce flou alimente les critiques sur la qualité des enquêtes. Des experts s’interrogent sur la fiabilité des renseignements et des preuves réunies par les autorités. Par ailleurs, quatre des cinq accusés affirment avoir été victimes de violences et de torture en détention, accusations relayées par leur avocat.
Des organisations de défense des droits humains dénoncent régulièrement ces pratiques, ainsi que l’usage de lois antiterroristes permettant des détentions prolongées sans accès à la défense.
En l’absence de revendication claire, cette affaire illustre la complexité des réseaux armés au Nigeria, où alliances et rivalités entre groupes rendent les responsabilités difficiles à établir.
Le procès, qui se tient à Abuja, est également ralenti par des contraintes techniques, comme les traductions et les coupures d’électricité. La plaidoirie de la défense est attendue prochainement, sans qu’une date de verdict n’ait encore été fixée.
