Said Benesedira, installé dans le discret confort de l’Europe, s’est imposé, au fil des années, comme l’une des voix les plus audibles de la diaspora de l’Algérie. Présenté comme un opposant intransigeant au régime en place dans son pays d’origine, il multiplie les prises de parole, tribunes en ligne et conférences appelant à une « refondation totale » du système politique du régime algérien.
Son dernier projet, lancé il y a quelques semaines, ambitionne de franchir un cap : fédérer l’ensemble des opposants à l’étranger au sein d’une plateforme commune.
Objectif affiché : structurer la contestation, mutualiser les ressources et encourager chaque membre de la diaspora à développer des initiatives dans son domaine, médias, économie, lobbying, ou encore mobilisation citoyenne.
« Nous avons perdu trop de temps dans les divisions », déclarait-il récemment lors d’un forum virtuel très suivi. « Il est temps que chaque compétence serve une stratégie globale de changement ».
Peu connu à son arrivée en Europe, Benesedira a progressivement bâti une image d’intellectuel engagé, à la fois critique acerbe du pouvoir civil et dénonciateur virulent de l’appareil militaire de l’Algérie. Son discours, souvent radical, tranche avec celui d’autres figures plus prudentes de l’opposition.
Sa capacité à mobiliser, notamment via les réseaux sociaux, lui a permis de fédérer une base militante jeune et dispersée. Plusieurs collectifs de la diaspora ont répondu à son appel à l’unité, séduits par son approche structurée et son discours offensif.
Mais derrière cette dynamique, certaines voix discordantes commencent à émerger. Plusieurs figures historiques de l’opposition en exil s’interrogent sur la cohérence de son parcours, ainsi que sur les moyens financiers dont il semble disposer.
« Il critique tout le monde, sans exception, mais ne propose jamais de ligne claire sur ce qui devrait remplacer le système actuel », confie sous couvert d’anonymat un militant installé en France. « Et surtout, il bénéficie d’une liberté de ton étonnante, y compris vis-à-vis d’institutions habituellement très sensibles à la critique ».
D’autres s’étonnent de la facilité avec laquelle Benesedira continue de maintenir certains liens directs avec son pays d’origine, malgré ses prises de position publiques particulièrement virulentes.
Dans des cercles restreints, c’est un opposant instrumentalisé par le pouvoir des services de sécurité algérien, du directeur de la présidence Boualem Boualem.
Selon cette lecture, la stratégie consisterait à encourager l’émergence de figures radicales capables de fragmenter la diaspora ou de canaliser la contestation dans des directions inoffensives.
