Algérie : A la veille des législatives, les paroles de Ghani Mahdi deviennent un symbole de la colère sur les réseaux sociaux

À quelques heures des élections législatives en Algérie, une vague de publications envahit les réseaux sociaux. Des milliers d’internautes partagent les paroles de l’opposant et artiste Ghani Mahdi, dont le texte, largement relayé, est devenu pour ses soutiens le reflet d’un profond malaise social et économique.

Le refrain qui circule de plateforme en plateforme est sans détour :

« L’argent du pétrole s’est envolé vers la Suisse. Le gaz est coupé, et la pauvreté règne en maître. » Pour ceux qui reprennent ces paroles, elles traduisent le sentiment d’un pays riche en ressources naturelles mais confronté, selon eux, à une dégradation persistante des conditions de vie.

Le texte poursuit avec une critique acerbe des institutions : « Au Parlement, le vin coule et circule. Ô feu, lève-toi et brûle ce mur. Dis la vérité, ne crains pas le siège ni les pressions. Un président vous adresse des discours derrière les murs. » Ces vers sont interprétés par leurs auteurs comme une dénonciation du fossé entre les dirigeants et une partie de la population.

La situation économique occupe également une place centrale dans ce message. « Le dollar a pris le dessus sur le dinar, quel mépris ! Une écuelle et un clou : tromperie et destruction. » Les internautes qui diffusent ces paroles y voient une illustration de leurs inquiétudes concernant le pouvoir d’achat, l’inflation et la dépréciation de la monnaie nationale.

Le texte prend ensuite une dimension plus politique en évoquant une société marquée par les désillusions : « Notre époque n’est qu’une comédie burlesque, une succession d’échecs après les échecs. Depuis longtemps, nous sommes humiliés… Dis la vérité, n’aie pas peur. » Pour de nombreux utilisateurs des réseaux sociaux, cette formule résume le sentiment d’impasse qui anime une partie des débats en ligne.

Dans sa dernière partie, le poème évoque une rue en colère et dénonce ce que son auteur présente comme des manipulations politiques : « La rue s’est embrasée. Une poignée de gens, ignorants des réalités, sont manipulés par l’ennemi au téléphone du général… Ton sort est décidé dans l’ombre de la nuit. Un peuple humilié, opprimé par de fausses promesses. » Ces affirmations relèvent des opinions exprimées dans ce texte et sont reprises par certains internautes comme une critique du fonctionnement du pouvoir.

A l’approche du scrutin, cette œuvre connaît une diffusion sans précédent sur les réseaux sociaux, où elle est partagée, commentée et parfois mise en musique. Qu’elle soit perçue comme un cri de colère, une satire politique ou un simple texte engagé, elle témoigne de l’intensité des débats qui entourent les élections et des fractures qui traversent aujourd’hui la société algérienne.

Alors que les autorités appellent à une forte participation électorale, cette viralité illustre le rôle grandissant des réseaux sociaux comme espace d’expression politique des opposants au régime militaire, où chansons, poèmes et slogans deviennent, pour une partie de leurs auteurs et de leurs lecteurs, les vecteurs d’un mécontentement qu’ils estiment ne pas pouvoir exprimer ailleurs.