L’ancien Premier ministre tchadien Succès Masra, figure de proue de l’opposition, ainsi que huit autres responsables politiques ont recouvré la liberté vendredi après avoir bénéficié d’une grâce accordée par le président Mahamat Idriss Déby.
Condamné en août 2025 à 20 ans de réclusion pour « incitation à la haine » et « complicité de meurtre », le chef des Transformateurs a quitté la prison avant de rejoindre ses militants au siège de son parti à N’Djamena. Human Rights Watch avait dénoncé un procès à caractère politique.
Les huit autres bénéficiaires de la mesure présidentielle, tous membres du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), avaient été condamnés en mai à huit ans de prison pour avoir été reconnus coupables d’avoir fomenté une insurrection. Ils ont quitté la maison d’arrêt de Klessoum vendredi après-midi. Selon les intéressés, les autorités leur ont demandé de renoncer à leur appel, ce qu’ils ont accepté, à l’exception de Nassour Koursami.
Le décret présidentiel prévoit une remise totale des peines de prison. Toutefois, contrairement à une amnistie, la grâce ne supprime pas les condamnations. Les opposants restent donc frappés par leurs conséquences judiciaires, notamment leurs obligations civiles et financières ainsi que leur inéligibilité.
La décision a été saluée par le parti présidentiel comme un geste en faveur de l’unité nationale. Le vice-président des Transformateurs, Ndolembai Sadé Njesada, y voit une occasion de renouer le dialogue avec le pouvoir.
Le GCAP se montre en revanche beaucoup plus critique. Son porte-parole, Hissein Abdoulaye, dénonce une procédure qu’il juge arbitraire et estime que la privation des droits politiques des opposants constitue « un recul démocratique très grave ».
Pour plusieurs analystes, la grâce pourrait néanmoins contribuer à réduire les tensions. Elle ne suffira toutefois pas à restaurer la confiance entre le pouvoir et l’opposition si les responsables libérés demeurent exclus de la vie électorale.
Ancien exilé au Cameroun après les violences meurtrières ayant suivi une manifestation en octobre 2022, Succès Masra était revenu au Tchad en 2023 dans le cadre d’un accord avec les autorités. Nommé Premier ministre en janvier 2024, il avait terminé deuxième de la présidentielle de mai avec près de 20 % des voix, derrière Mahamat Idriss Déby, élu avec environ 60 % des suffrages.
Une révision constitutionnelle adoptée en octobre 2025 a depuis porté le mandat présidentiel à sept ans et supprimé sa limitation dans le temps.
