La télévision publique algérienne a rapporté l’arrestation selon une vidéo confectionnée par vos services de communication militaire, à Tizi Ouzou, de six personnes, dont quatre ressortissants marocains, accusées d’avoir participé à une opération visant à perturber les élections législatives du 2 juillet. Selon le récit officiel de cette vidéo, l’affaire impliquerait des influences étrangères, notamment Israël et le Maroc, ainsi qu’un lien avec le Mouvement pour l’autodétermination ou l’indépendance de la Kabylie (MAK), dirigé par Ferhat Mehenni.
Cette version soulève toutefois plusieurs interrogations. Le MAK et l’URK avaient publiquement appelé au boycott du scrutin, sans recourir à une opération clandestine. Dès lors, l’intervention supposée de ressortissants étrangers pour expliquer une faible mobilisation en Kabylie apparaît difficile à concilier avec une consigne de boycott déjà largement revendiquée.
Si quatre étrangers ont réellement pu organiser une opération capable de « déstabiliser » un scrutin dans une région aussi surveillée que la Kabylie, cela interroge l’efficacité des services chargés de prévenir de telles actions.
La diffusion à la télévision publique d’images et de témoignages présentés comme des preuves d’un vaste complot a par ailleurs suscité les moqueries des internautes concernant les personnes régulièrement présentées dans des affaires de complots supposés et de confessions télévisées.
Au-delà de cette controverse, l’affaire renvoie à une question politique plus profonde : celle de l’identité, du statut et de l’avenir de la Kabylie. Le MAK défend ouvertement un projet indépendantiste et entend porter cette revendication sur la scène internationale, notamment à l’ONU.
En présentant systématiquement les revendications kabyles sous l’angle d’une manipulation étrangère, le pouvoir algérien risque de maintenir au premier plan une question qu’il cherche précisément à réduire à une affaire de sécurité et de complot.
La diffusion d’images de personnes présentées comme impliquées dans une affaire de cette nature soulève la question de l’amateurisme des services de la communication du ministère de la défense ou de l’Etat major du général Saïd Chengriha. Le général serait manipulé par ses propres officiers de la communication pour faire plaire, selon une source proche du dossier.
Pour les kabyles, la conclusion est tout autre : le mouvement entend continuer à défendre sa revendication sur le terrain politique et de présenter la question de la Kabylie comme une question de fond à l’ONU (organisation des nations unis) , plutôt que comme une simple affaire de complots, d’agents étrangers et d’« aveux » télévisés.
