Ethiopie : Une frappe de drone sur Mekelle ravive les craintes d’un nouveau conflit au Tigré

Les tensions continuent de monter entre Addis-Abeba et les autorités du Tigré. Une frappe de drone a visé jeudi une zone résidentielle de Mekelle, capitale de cette région du nord de l’Éthiopie, selon les autorités tigréennes, qui accusent l’armée fédérale d’en être responsable.

« La frappe a visé une zone résidentielle et avait pour cible des civils », a déclaré Amanuel Assefa, vice-président du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Il a indiqué ne pas disposer, dans l’immédiat, d’informations sur d’éventuelles victimes. Un drone serait également tombé à proximité de l’université de Mekelle. L’armée fédérale n’avait pas réagi dans l’immédiat aux accusations.

Cet incident intervient alors que les forces fédérales et tigréennes sont déployées de part et d’autre de la frontière régionale, dans un contexte de tensions persistantes. Plusieurs frappes de drones ont été signalées ces dernières semaines. Mardi, les autorités tigréennes avaient déjà accusé Addis-Abeba d’avoir effectué une attaque aérienne à une quinzaine de kilomètres de Mekelle. Le 1er août, des affrontements avaient également opposé des forces fédérales et des combattants du TPLF près de la frontière soudanaise.

Pour Kjetil Tronvoll, spécialiste de la région, la frappe pourrait avoir visé des responsables du TPLF plutôt que des civils de manière indiscriminée. Il estime néanmoins qu’elle témoigne de la volonté du gouvernement fédéral de durcir son approche face au mouvement tigréen.

Ces événements font ressurgir le spectre de la guerre de 2020-2022, qui avait fait au moins 600 000 morts. Un accord signé à Pretoria en 2022 avait mis fin aux combats, mais plusieurs dispositions essentielles, notamment le désarmement du TPLF et le retour des déplacés, restent largement inappliquées.

Depuis fin 2025, puis à nouveau en janvier 2026, de nouveaux affrontements ont éclaté. Addis-Abeba accuse désormais le TPLF de renforcer ses liens avec l’Érythrée et les milices Fano de la région Amhara, tandis que le mouvement tigréen a rétabli fin avril son Parlement régional, défiant l’autorité fédérale.

Privé depuis plusieurs mois des subventions d’Addis-Abeba, le Tigré traverse par ailleurs une grave crise financière, ajoutant une dimension économique à une situation sécuritaire déjà extrêmement fragile.