Dans la crise migratoire à Ceuta, le débat renvoie à une question plus large : comment l’Union européenne définit-elle ses frontières extérieures dans un espace géographique nord-africain où le statut de Ceuta et Melilla demeure au cœur d’un différend de souveraineté entre le royaume du Maroc et le royaume de l’Espagne ?
Derrière cette crise migratoire, les partis espagnols qui accusent l’axe des Etats Unis, Israël et le Maroc, une autre question se pose : le déplacement des bases américaines en Espagne vers le royaume marocain.
Le Parlement européen doit débattre, lors de sa prochaine session plénière à Strasbourg, de l’arrivée massive de migrants à Ceuta les 30 et 31 juillet derniers. Une résolution devrait également être soumise au vote des eurodéputés afin de définir la position de l’institution sur cette crise.
Intitulé « Les récentes attaques hybrides et l’instrumentalisation des migrants à Ceuta, ainsi que la nécessité d’une réponse coordonnée pour protéger les frontières extérieures de l’UE », le débat doit notamment porter sur la protection des frontières extérieures de l’Union européenne et sur la coopération avec le Maroc en matière migratoire.
En déplacement à Bruxelles, le président de Ceuta, Juan Jesús Vivas, a demandé que la future résolution affirme clairement que les frontières de Ceuta et de Melilla sont celles de l’Espagne et de l’Europe.
Cette demande correspond à la position défendue par Madrid, qui considère les deux villes comme des territoires espagnols et souhaite que leur dimension européenne soit davantage prise en compte dans la gestion des frontières et des migrations.
Juan Jesús Vivas a également demandé que les mécanismes de coopération avec le Maroc puissent être suspendus si ces frontières n’étaient pas, selon lui, respectées.
Pour le Maroc, cette question revêt une dimension différente. Rabat revendique la souveraineté sur Ceuta et Melilla, ainsi que sur plusieurs îlots situés au large des côtes marocaines. Le statut de ces territoires demeure ainsi un sujet sensible dans les relations maroco-espagnoles.
Dans ce contexte, l’affirmation selon laquelle les frontières de Ceuta et Melilla seraient également des « frontières de l’Europe » relève d’abord d’une position liée au statut de l’Espagne au sein de l’Union européenne.
L’enjeu est donc de distinguer deux questions : d’une part, la manière dont l’Espagne et les institutions européennes organisent la protection des frontières administrées par Madrid ; d’autre part, la question, distincte, du statut territorial de Ceuta et Melilla, revendiquées par le Maroc.
Parallèlement au débat parlementaire, des Partis espagnols proposent à la commission européenne des pétitions pour l’envoi d’une mission à Ceuta.
Cette mission aurait pour objectif de recueillir des informations auprès des autorités espagnoles et locales, des organisations de la société civile et des personnes concernées par les événements.
Pour les analystes, le dossier dépasse largement la seule question de l’immigration. Il intervient dans le cadre d’un différent entre le Maroc, l’Espagne, les Etats Unis, Israël et l’Union européenne sur la gestion des flux migratoires, la Cisjordanie, l’Iran, l’Ukraine, tout en touchant à des questions territoriales particulièrement sensibles.
Pour Madrid, la priorité est d’obtenir une reconnaissance politique plus explicite du caractère espagnol et européen des frontières de Ceuta et Melilla. Pour Rabat, la question s’inscrit dans le cadre plus large de sa revendication de souveraineté sur ces territoires.
Le débat au Parlement européen sera ainsi suivi avec attention des deux côtés de la Méditerranée et surtout de l’administration américaine.
