Dans l’est du Tchad, l’accès à l’eau potable demeure un défi majeur. A Abéché, deuxième ville du pays, la forte croissance démographique et l’expansion urbaine accentuent une pénurie chronique qui complique le quotidien des habitants et alimente les tensions entre communautés.
Pour de nombreux ménages, l’eau courante reste un luxe. Si certains quartiers sont raccordés au réseau, l’approvisionnement demeure irrégulier, obligeant les habitants à s’adapter aux longues coupures. Dans les secteurs non desservis, les familles continuent de s’approvisionner aux puits, parfois situés à plusieurs kilomètres de leur domicile.
Afin d’améliorer la situation, le gouvernement tchadien a lancé en 2019 le projet Bitéha, à 35 kilomètres d’Abéché. Grâce à plusieurs forages captant les eaux souterraines, cette infrastructure alimente deux châteaux d’eau destinés à renforcer la distribution dans la ville. Selon les responsables du projet, cette nouvelle phase a permis d’accroître la production et de réduire les pénuries, avec un objectif de 25 000 mètres cubes d’eau par jour d’ici la fin de l’année.
Malgré ces avancées, les besoins restent largement supérieurs aux capacités actuelles. Dans les quartiers périphériques et les villages environnants, de nombreuses familles demeurent privées d’un accès régulier à l’eau potable. Femmes et enfants parcourent encore de longues distances sous une chaleur accablante pour remplir des bidons aux puits.
Pour le ministère tchadien de l’Eau et de l’Energie, le pays doit intensifier les investissements dans les infrastructures hydrauliques, notamment les réseaux d’adduction, les barrages et les ouvrages de stockage, afin de répondre aux besoins des populations, de l’élevage et de l’agriculture.
Selon les Nations unies, moins de 10 % des ménages tchadiens bénéficiaient en 2024 d’un accès continu à une eau potable de qualité. Cette rareté constitue également un facteur d’instabilité. Le président Mahamat Idriss Déby Itno a récemment souligné que le manque d’eau favorise la pauvreté, fragilise les moyens de subsistance et exacerbe les conflits entre communautés.
Classé parmi les pays les plus vulnérables aux effets du changement climatique, le Tchad est régulièrement confronté à des affrontements liés à l’accès aux ressources naturelles. Fin avril, un différend autour d’un puits dans la province du Wadi Fira a fait 42 morts, tandis qu’un conflit similaire avait causé 33 décès en novembre 2025 dans la province de Hadjer-Lamis.
Face à cette situation, les organisations humanitaires appellent à un renforcement des investissements dans les infrastructures hydrauliques, particulièrement dans les zones rurales où vit plus de 70 % de la population.
