Trois ans après le début de la guerre entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (FSR), la multiplication des groupes armés alliés aux forces gouvernementales suscite de vives inquiétudes quant à l’avenir sécuritaire du pays. A Khartoum, des miliciens, parfois âgés de moins de 15 ans, circulent ouvertement dans les rues, lourdement armés, malgré les annonces officielles interdisant le port d’armes.
Aux côtés de l’armée, plusieurs factions participent aux combats, notamment les Forces conjointes, les Forces du bouclier soudanais et la Brigade Al-Baraa Ibn Malik. Issues d’anciens mouvements rebelles ou de défections des FSR, ces milices se sont considérablement renforcées depuis le déclenchement du conflit en avril 2023. Elles disposent désormais de leur propre arsenal, comprenant drones et systèmes de défense antiaérienne.
Dans plusieurs régions, leur influence dépasse désormais le simple appui militaire. A Khartoum comme dans l’Etat d’Al-Jazirah, ces groupes contrôlent de vastes territoires et imposent leur autorité aux populations civiles. Des organisations de défense des droits humains dénoncent notamment les agissements des Forces du bouclier soudanais, accusées de graves exactions par le passé.
Pour plusieurs analystes, cette alliance reste avant tout circonstancielle. Si ces groupes combattent aujourd’hui un ennemi commun, rien ne garantit qu’ils restent fidèles au pouvoir une fois le conflit terminé. Certains chefs de milices, accusés d’avoir participé à des violations des droits humains, renforcent progressivement leur poids politique et militaire, faisant craindre l’émergence de nouveaux centres de pouvoir autonomes.
Cette situation rappelle un schéma déjà observé au Soudan. Dans les années 2000, le régime d’Omar el-Béchir avait armé les milices Janjawids pour combattre les rébellions au Darfour. Ces combattants donneront ensuite naissance aux Forces de soutien rapide, aujourd’hui engagées dans une guerre contre l’armée.
Selon les Nations unies, ce conflit a déjà causé près de 200 000 morts, provoqué une famine dans plusieurs régions et entraîné la pire crise humanitaire au monde. Malgré les pressions internationales pour démanteler ou intégrer ces groupes au sein de l’armée régulière, aucune avancée concrète n’a été enregistrée. Pour de nombreux observateurs, la dépendance de l’armée à l’égard de ces milices pourrait préparer les conflits de demain.
