Le gouvernement soudanais a récemment introduit de nouveaux billets de banque dans les zones qu’il contrôle, une décision qui perturbe davantage l’économie et exacerbe les divisions dans un pays déjà plongé dans un conflit sanglant et une crise humanitaire. Les billets de 500 et 1 000 livres soudanaises ont été retirés de la circulation dans sept régions sous contrôle de l’armée, qui lutte depuis plus de 21 mois contre les Forces de Soutien Rapide (FSR), des paramilitaires rebelles.
Le gouvernement justifie cette réforme monétaire par la nécessité de protéger l’économie et combattre les activités criminelles. Toutefois, nombreux sont les Soudanais qui considèrent cette mesure comme contre-productive, estimant qu’elle aggrave la situation au lieu de la résoudre. Selon certains experts, l’introduction de ces nouveaux billets serait en réalité une stratégie politique.
Selon le ministre des Finances, Jibril Ibrahim, cette initiative vise à intégrer l’argent dans le système bancaire, assurer sa circulation par des canaux officiels, lutter contre la contrefaçon et empêcher l’utilisation de fonds volés.
Des analystes, comme Matthew Sterling Benson, directeur de recherche sur le Soudan à la London School of Economics (LSE), affirment que cette réforme est en réalité une tentative de l’armée de « neutraliser les FSR en introduisant une monnaie plus stable et plus contrôlable ». Après les pillages de banques par les FSR, l’armée aurait voulu reprendre le contrôle des flux financiers pour affaiblir ses rivaux paramilitaires.
Le gouvernement militaire cherche également à renforcer son trésor de guerre, explique l’analyste soudanais Hamid Khalafalla, en privant les paramilitaires de ressources financières. En réponse, les FSR ont interdit l’usage des nouveaux billets dans les zones qu’elles contrôlent, les accusant de « vouloir diviser le pays » avec cette manœuvre.
Dans un Soudan profondément fragmenté, cette mesure monétaire semble avoir exacerbé les tensions, selon Kholood Khair, analyste pour le groupe de réflexion Confluence Advisory. Elle a ainsi « catalysé la division », dans un pays où l’armée, dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhan, contrôle le nord et l’est, tandis que les paramilitaires de Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti, dominent l’ouest, notamment le Darfour, ainsi que plusieurs zones du centre et du sud.
La guerre, déjà dévastatrice, trouve ainsi un nouvel enjeu économique, qui affecte davantage les populations civiles prises entre deux forces opposées.