Tunisie : l’opposante Sihem Bensedrine condamnée à 25 ans de prison

La militante des droits humains et ancienne présidente de l’Instance vérité et dignité (IVD), Sihem Bensedrine, a été condamnée dans la nuit de jeudi à vendredi à 25 ans de prison dans plusieurs affaires liées à son mandat à la tête de l’organe chargé de la justice transitionnelle en Tunisie.

Selon son avocat, cette peine se décompose en deux volets : cinq ans de prison pour abus de fonction dans le cadre d’un accord d’arbitrage et de réconciliation conclu avec l’homme d’affaires Slim Chiboub, et vingt ans pour des faits liés à l’affaire de la Banque franco-tunisienne (BFT), notamment pour avoir causé un préjudice à l’administration et falsifié une partie du rapport final de l’IVD.

L’ancienne journaliste, qui avait été placée en détention en août 2024 avant d’être libérée en février 2025, a annoncé son intention de faire appel de cette décision. Elle rejette l’ensemble des accusations portées contre elle.

Réagissant au verdict, Sihem Bensedrine a estimé être la cible d’un régime totalitaire cherchant, selon elle, à effacer l’héritage de l’Instance vérité et dignité. Elle accuse également certains responsables administratifs de vouloir délégitimer les travaux de cette commission afin d’obtenir le retrait de son rapport final du Journal officiel.

Créée au lendemain de la révolution de 2011, l’IVD était chargée d’enquêter sur les violations des droits humains commises entre 1955 et 2013 sous les régimes de Habib Bourguiba et de Zine El Abidine Ben Ali. Ses audiences publiques, retransmises à la télévision en 2016, avaient marqué une étape importante du processus de justice transitionnelle, malgré les profondes divisions qu’elles avaient suscitées au sein de la société tunisienne.

La défense de Mme Bensedrine soutient que le tribunal n’était pas compétent pour la juger, la loi encadrant l’IVD prévoyant que ses membres ne peuvent être tenus responsables du contenu des rapports produits par l’instance.

La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) a, de son côté, dénoncé des accusations qu’elle juge « infondées » et exprimé de sérieuses préoccupations quant aux poursuites engagées contre l’ancienne responsable. L’organisation rappelle que la protection juridique accordée aux membres de l’IVD vise précisément à préserver l’indépendance de leur mission.

Cette condamnation intervient dans un contexte de fortes tensions politiques en Tunisie, où plusieurs opposants ont été emprisonnés ou contraints à l’exil depuis la concentration des pouvoirs entre les mains du président Kaïs Saïed en juillet 2021. Des organisations tunisiennes et internationales de défense des droits humains dénoncent depuis lors un recul des libertés publiques dans le pays.