Après le recul de la France et la présence des Etats Unis devenue incertaine, une nouvelle architecture régionale se dessine au Sahel. Dans cette recomposition, l’Algérie veut occuper une place centrale à coté des paramilitaires de Africa Corps (ex Wagner), selon les analystes des services occidentaux.
Le rapprochement entre Alger et Niamey, combiné à la présence du Corps africain russe auprès des autorités nigériennes, marque une rupture avec l’ancien ordre sécuritaire sahélien. La question n’est plus seulement de savoir qui protège les régimes militaires du Sahel.
Le Niger est devenu un nouveau laboratoire de la recomposition sahélienne pour le régime militaire algérien avec des symboles de la rupture avec l’Occident.
La France a dû quitter le pays. Les relations avec Washington se sont également dégradées. Dans le même temps, les autorités nigériennes ont renforcé leurs liens avec la Russie, comme l’ont fait avant elles les dirigeants du Mali et du Burkina Faso.
L’arrivée des militaires algériens, ne constitue pas simplement un changement de partenaire militaire. Elle traduit une transformation de la doctrine stratégique du régime militaire algérien concernant les pays de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) : réduire leur développement économique, sécuritaire et diplomatique aux profits de l’intérêt algérien.
Par ailleurs, la Russie offre aux dirigeants militaires un partenaire qui ne conditionne pas ouvertement sa coopération à un retour rapide à l’ordre constitutionnel. C’est précisément ce qui inquiète Paris et Washington. Mais c’est aussi ce qui place Alger devant un dilemme inédit.
L’Algérie veut empêcher que la Russie ne devienne seule maîtresse du jeu et ne peut regarder passivement cette puissance s’installer durablement au Sahel, sans son aval.
L’Algérie partage une longue frontière avec le Niger et considère le Sahel comme sa profondeur stratégique. Alger cherche à consolider son influence, à développer ses intérêts économiques, énergétiques et surtout militaire pour maintenir une capacité de pression sur le Sahel que les capitales occidentales ont progressivement cédé leurs présences.
Pour les observateurs internationaux, les services de renseignement militaires et sécuritaires algériens continueraient leurs emprises sur les groupes terrorismes jihadistes affiliés à Al-Qaeda ou à l’état islamique en Afrique.
Pendant des décennies, Paris a considéré le Sahel comme une zone stratégique majeure pour la lutte contre le terrorisme et la coopération militaire.
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont successivement réduit leurs relations militaires avec la France. Le sentiment antifrançais s’est renforcé dans une partie des opinions publiques. Et la Russie a profité de ce vide. Moscou n’a donc pas nécessairement besoin de remplacer la France partout. Il lui suffit d’empêcher le retour de l’influence de l’occident.
C’est une stratégie beaucoup moins coûteuse et potentiellement beaucoup plus efficace. Alger devient le prolongement de Moscou en Afrique.
Dans cette perspective, l’Algérie devient un acteur particulièrement intéressant pour la Russie : elle est géographiquement aux frontières du Sahel.
