Sénégal : Le Parlement rejette le budget rectificatif 2026, l’aide du FMI fragilisée

L’Assemblée nationale du Sénégal a rejeté mardi le projet de loi de finances rectificative pour 2026, présenté par le gouvernement dans le cadre de son programme de redressement des finances publiques. Cette décision, prise par une majorité de députés de l’opposition, fait planer une incertitude supplémentaire sur le déblocage d’une aide de 2,2 milliards de dollars attendue du Fonds monétaire international (FMI).

Sur les 149 députés ayant pris part au vote, 126 se sont prononcés contre le texte, 20 l’ont soutenu et trois se sont abstenus. La séance a été écourtée après une demande du député Amadou Ba, membre du Pastef, visant à passer directement au vote sans débat. Le projet avait déjà été rejeté à deux reprises en commission parlementaire en octobre.

Ce revers intervient alors que Dakar attend toujours l’approbation du conseil d’administration du FMI pour un accord préliminaire conclu en septembre. Ce programme d’aide, prévu sur 36 mois, vise à stabiliser les finances publiques d’un pays lourdement endetté et engagé dans des négociations avec ses créanciers.

Interrogé par l’AFP, un porte-parole du FMI a indiqué que l’institution suivait attentivement l’évolution de la situation, tout en rappelant le respect du processus parlementaire sénégalais. Il a précisé que la tenue du conseil d’administration dépendrait de la mise en œuvre des étapes nécessaires et de la cohérence du cadre budgétaire adopté avec les objectifs de l’accord préliminaire.

Les députés du Pastef, majoritaires à l’Assemblée et dirigés par Ousmane Sonko, ont notamment dénoncé un manque de transparence et de « sincérité budgétaire ». Ils reprochent au gouvernement de ne pas avoir fourni toutes les données nécessaires à l’examen du texte et critiquent l’absence de mesures suffisantes pour contenir le coût de la vie, notamment les prix des carburants.

Le ministre des Finances, Cheikh Diba, a regretté ce rejet, estimant qu’il remettait en cause un projet essentiel pour l’équilibre des finances publiques.

Le budget rectificatif devait notamment intégrer la hausse des prix des hydrocarbures, la baisse attendue des recettes fiscales et l’augmentation du service de la dette. Les crédits destinés à soutenir les tarifs de l’électricité et l’approvisionnement en gaz domestique devaient ainsi passer de 250 à plus de 790 milliards de francs CFA.

Selon les estimations, la dette publique sénégalaise représentait 132 % du PIB à fin 2024. Le président Bassirou Diomaye Faye et son gouvernement doivent désormais trouver une issue à ce blocage parlementaire, dans un contexte économique et financier particulièrement délicat.