La principale confédération syndicale d’Afrique du Sud, le Congrès des syndicats sud-africains (Cosatu), a appelé mardi le gouvernement à poursuivre les négociations avec Washington afin de préserver l’accès du pays à un accord commercial américain dont dépendent des milliers d’emplois.
La Maison Blanche a annoncé lundi son intention d’exclure l’Afrique du Sud et le Rwanda de l’AGOA (African Growth and Opportunity Act), un dispositif permettant à plusieurs pays africains d’exporter de nombreux produits vers les États-Unis sans droits de douane. Cette exclusion doit prendre effet le 1er janvier 2027.
En 2025, environ 10 % des exportations sud-africaines vers le marché américain ont bénéficié de cet accord. Selon la Cosatu, sa suppression pourrait entraîner la perte de 3.000 à 10.000 emplois dans les secteurs agricole et manufacturier.
Les conséquences pourraient être particulièrement lourdes pour les petites villes spécialisées dans la production d’agrumes, notamment dans la province du Cap-Occidental. « Il y a un risque de créer des villes fantômes », a averti Matthew Parks, coordinateur parlementaire de la confédération, auprès de l’AFP.
La Cosatu demande ainsi au gouvernement de prévoir des mesures urgentes de soutien aux travailleurs, aux entreprises et aux communautés menacées. Elle l’exhorte également à mettre à profit les 60 jours de préavis pour trouver un compromis avec Washington, en rappelant que les États-Unis pourraient eux aussi perdre certains avantages commerciaux, notamment dans l’approvisionnement en minerais critiques sud-africains.
De son côté, l’Association des travailleurs de l’industrie automobile (MISA) appelle à une solution spécifique pour ce secteur, déjà fragilisé par les droits de douane de 25 % imposés par l’administration Trump en avril 2025. Les exportations de véhicules sud-africains vers les États-Unis ont chuté de 83 % l’an dernier, à 4.136 unités.
Washington justifie cette exclusion par le non-respect présumé des critères d’éligibilité à l’AGOA. Les autorités américaines reprochent notamment à Pretoria des restrictions au commerce et aux investissements américains, la corruption ainsi que des politiques jugées contraires aux intérêts de sécurité nationale des États-Unis.
Les estimations sur l’ampleur des conséquences économiques divergent toutefois. L’expert en relations internationales Kingsley Makhubela évoque plus de 130.000 emplois directement menacés, dans un pays déjà confronté à un taux de chômage supérieur à 30 %.
À l’inverse, Daryl Swanepoel, de l’Inclusive Society Institute, estime que les États-Unis continueront d’importer certains produits sud-africains, notamment les agrumes, même à des prix plus élevés.
L’économiste Johann Els, de PSG Financial Services, relativise également l’impact macroéconomique de cette décision : les exportations couvertes par l’AGOA ne représentent que 0,7 % des exportations totales de l’Afrique du Sud.
