L’ancien chef d’état-major de l’armée israélienne, Gadi Eisenkot, a été officiellement chargé par le président Isaac Herzog de former le prochain gouvernement, dimanche. Un défi politique majeur pour cet ancien militaire qui entend tourner la page de plusieurs années de polarisation et restaurer l’unité d’une société israélienne profondément divisée.
Conscient de l’épuisement d’une partie de la population après des années de tensions politiques et de conflits armés, Gadi Eisenkot a placé le rassemblement national au cœur de sa campagne, menée sous les couleurs de son parti centriste Yashar. Son ambition : « rassembler à nouveau tous les Israéliens ».
Chef d’état-major entre 2015 et 2019, il bénéficie d’une importante popularité dans l’opinion publique, notamment depuis la mort de son fils Gal et de deux de ses neveux, tués lors d’opérations militaires dans la bande de Gaza.
Sur le plan diplomatique, le futur chef du gouvernement entend également redorer l’image d’Israël à l’international, fragilisée par les guerres menées à Gaza, au Liban et contre l’Iran, ainsi que par la recrudescence des violences commises par des colons en Cisjordanie occupée. Mercredi, il s’est engagé à « renouveler et renforcer les relations » avec les Etats-Unis et à travailler étroitement avec Donald Trump afin de « renforcer la stabilité » au Moyen-Orient.
Derrière son discours rassembleur, Gadi Eisenkot reste toutefois un homme de doctrine sécuritaire. Il reste un homme conscient de l’enjeu stratégique pour la sécurité de tous les citoyens juifs, arabes et autres d’Israël.
Lors de la guerre de 2006 contre le Hezbollah au Liban, il a contribué à élaborer la « doctrine de Dahiyé », du nom d’un bastion du mouvement chiite, soutenu par les organisations terroristes et milices de l’Iran, dans la banlieue sud de Beyrouth.
Eisenkot a par ailleurs participé à la conception de la stratégie dite de la « campagne entre les guerres », qui consiste à multiplier les opérations militaires ciblées afin d’affaiblir les adversaires d’Israël et de retarder le déclenchement d’un conflit de grande ampleur.
Sur le front intérieur, plusieurs dossiers sensibles figurent également parmi ses priorités. Gadi Eisenkot s’est notamment engagé à mettre en place une commission nationale d’enquête sur les défaillances sécuritaires ayant précédé l’attaque meurtrière du Hamas du 7 octobre 2023, une revendication portée par une large partie de la population israélienne.
Il a également promis de renforcer les droits des personnes LGBTQ+ et défendu, devant des représentants du sionisme religieux, la poursuite de la colonisation en Cisjordanie, à condition qu’elle s’inscrive dans le cadre de la législation israélienne.
Autre dossier explosif : le service militaire. Alors que trois années de guerre sur plusieurs fronts ont accentué le ressentiment au sein de la population, il souhaite réduire les exemptions accordées aux juifs ultra-orthodoxes, dont la question de la conscription divise profondément le pays.
Pour convaincre l’électorat centriste et libéral, il a également promis de défendre l’indépendance de la justice, l’Etat de droit, les droits des minorités et la liberté de la presse.
Né dans une famille de juifs marocains et élevé dans un milieu modeste à Eilat, dans le sud d’Israël, Gadi Eisenkot pourrait devenir le premier Premier ministre séfarade du pays, c’est-à-dire issu des communautés juives originaires d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.
Son parcours contraste avec celui de Benjamin Netanyahu, issu de l’élite ashkénaze, historiquement dominante dans les institutions politiques et militaires israéliennes.
