Somalie : La Cour suprême fragilise le pouvoir de Hassan Sheikh Mohamud à six mois de la présidentielle

La Somalie traverse une nouvelle zone de turbulences politiques et sécuritaires. Déjà confronté à la menace persistante des islamistes shebab et à l’annonce du retrait des troupes ougandaises, le président Hassan Sheikh Mohamud subit un revers institutionnel majeur. Jeudi, la Cour suprême a jugé « illégal » son maintien au pouvoir au-delà de la durée initiale de son mandat, plongeant le pays dans une nouvelle incertitude à six mois de la prochaine présidentielle, prévue le 15 mai 2027.

Au cœur de la controverse figure la nouvelle Constitution adoptée le 4 mars dernier. Celle-ci a porté la durée du mandat présidentiel de quatre à cinq ans et instauré le principe de l’élection des parlementaires au suffrage universel. Une réforme présentée comme une « victoire historique » par le Premier ministre Hamza Abdi Barre, mais vivement contestée par l’opposition, qui y voit une manœuvre destinée à prolonger le pouvoir de Hassan Sheikh Mohamud.

Dans sa décision, la Cour suprême a estimé que les dispositions de la nouvelle Loi fondamentale ne pouvaient s’appliquer aux institutions actuellement en fonction. Elle a ainsi remis en cause la légalité de la prolongation du mandat présidentiel.

Le bras de fer entre l’exécutif et le pouvoir judiciaire s’était intensifié dès mercredi, lorsque le chef de l’État avait annoncé le limogeage du président de la Cour suprême, Bashe Yusuf Ahmed. Une décision immédiatement rejetée par la juridiction, qui l’a déclarée « nulle et non avenue », tout en appelant le président à respecter l’indépendance de la justice et l’État de droit.

Sur le plan sécuritaire, les difficultés s’accumulent également. L’Ouganda a annoncé lundi le retrait de ses soldats, qui représentent entre un tiers et la moitié des quelque 12.000 militaires de la mission africaine Aussom, chargée d’appuyer les forces somaliennes contre les shebab, affiliés à Al-Qaïda.

À cette fragilisation s’ajoutent les tensions entre Mogadiscio et plusieurs États fédérés, notamment le Puntland et le Jubaland, opposés à la politique centralisatrice du président.

Les affrontements autour de Baidoa, dans le Sud-Ouest, illustrent les conséquences de ces divisions. Fin octobre, une embuscade attribuée aux shebab aurait fait de nombreuses victimes parmi les soldats fédéraux mobilisés dans cette région.

A quelques mois d’une échéance électorale déjà reportée d’un an, Hassan Sheikh Mohamud doit désormais faire face à une crise institutionnelle, à une opposition grandissante et à une situation sécuritaire toujours plus préoccupante.